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Pour entraver l’impunité

Collectif Armes à l’œil

Le 4 mai 2012, après plusieurs mois de lutte acharnée et de répressions vécues dans le cadre de la grève étudiante, la Sûreté du Québec blesse Maxence L. Valade par un tir de fusil de type Anti-Riot Weapon Enfield (ARWEN). Trois ans plus tard, le collectif Armes à l’œil se constitue afin de se tenir dignement et de participer au combat contre l’impunité et la répression de la police.

Le jour suivant la manifestation de Victoriaville, la Sûreté du Québec a tenté de semer le doute sur la cause des multiples blessures subies. Alors que Maxence est inconscient, à peine quelques heures après qu’une balle de plastique lui ait fracassé le crâne, la SQ met la main sur son dossier médical, sans même aviser ses parents. Confiant le matériel à une coroner, un rapport de surface est exécuté. La mascarade continue lorsque les porte-paroles policiers tiennent des propos insultants en insinuant que la blessure aurait pu être causée par n’importe quel objet « contondant » : balle de billard et pierre s’y reconnaissent au même titre que le bâton cinétique. Pour les trois cas de blessé-e-s graves, tout est orchestré afin de minimiser le rôle du fusil ARWEN, pourtant utilisé à plus de trente reprises pendant la journée. Son utilisation a beau être abusive et banalisée, il n’y a rien d’innocent à cette arme d’une puissance dévastatrice, voire mortelle, sans commune mesure avec les autres objets mentionnés par la SQ.

Banalisation des armes

En plus des recommandations explicites des études, il en va du sens commun : les armes appelées « non létales » par la police et « à létalité réduite » par les fabricants, doivent être encadrées par des règles d’utilisation strictes. À Victoriaville, la recommandation empêchant les tirs dans des régions corporelles hautement vulnérables, telles que la tête ou les parties génitales, n’a visiblement pas été respectée; les blessé-e-s graves ont été atteint-e-s en plein visage. Malheureusement, loin d’être un cas de figure isolé, cette situation atteste d’une utilisation bien « libérale » de ces armes, qui permettent d’intimider la manifestation entière en visant des individus particuliers. À bien y penser, l’argument récurrent selon lequel les armes à « létalité réduite » remplaceraient l’utilisation probable des « vraies » armes à feu est fallacieux. Le scandale qui suivrait leur utilisation dans une manifestation serait dévastateur, et la matraque, plus subtile dans sa violence, a de contraignantes limites de portée. L’arme à «létalité réduite» se loge habilement entre les deux; elle permet de tuer, de mutiler et d’intimider tout en réinstaurant, après quelques décennies d’accalmie «sociale-démocrate», le droit pour la police de «tirer dans le tas». Toutes les excuses sont bonnes pour préserver l’impunité : si la bavure a lieu dans le cadre d’une manifestation, la faute revient toujours aux « dangereux black-blocs » et autres casseur-e-s à « neutraliser »; s’il s’agit d’un individu tué dans la rue, il se comportait forcément de manière menaçante. Même dans les cas de « simples citoyen-ne-s » tué-e-s au beau milieu de leur quotidien, la version policière renverse systématiquement la responsabilité. Est-ce que Guy Blouin, le cycliste qui s’est fait écraser à deux reprises par une auto-patrouille à Québec, l’aurait mérité parce qu’il circulait en sens inverse? Est-ce que l’enfant de cinq ans, tué à Longueuil par une auto de police qui roulait à 120 km/h dans une zone de 50 km/h, l’aurait mérité parce que son père avait « effectué une manœuvre risquée » en virant à gauche sans attendre le feu prioritaire? Dans ces deux cas, aucune accusation n’est venue gêner le travail des policiers impliqués, si bien que le policier qui conduisait l’auto préalablement à la mort de Guy Blouin est récemment devenu enquêteur. À l’été 2012, les policières et les policiers qui ont accidentellement tué l’infirmier Patrick Limoges tout en sacrifiant la vie de l’itinérant Mario Hamel n’ont même pas reçu une note au dossier. Si les « forces de l’ordre » n’ont jamais tort, c’est parce qu’elles fixent les critères de leur propre jugement. Ceux qui se trouvaient tout bonnement sur leur chemin n’avaient qu’à se tasser. Le fardeau de la preuve est ainsi inversé, et c’est aux victimes de prouver qu’elles ne méritaient pas leur sort. On se souviendra des nombreux efforts que le SPVM a déployés pour faire passer le jeune Fredy Villanueva pour un dangereux membre de « gang de rue » et discréditer ses proches.

La police et la politique

Malgré l’appréhension, il n’y a pas eu de mort en 2012. Il s’en est pourtant fallu de peu; certain-e-s y sont passé-e-s à deux doigts. C’est le cas d’Alexandre Allard, dont la blessure subie à Victoriaville l’a projeté dans une oscillation entre la vie et la mort pour de longues heures. Quant à Maxence, si le projectile l’avait atteint quelques centimètres plus bas, il l’aurait tué. Ou, dans le meilleur des cas, lui aurait causé des dommages aussi sévères que permanents : perte de capacités cognitives, paralysie, etc… Les flashballs, ARWEN, grenades assourdissantes et autres « armes à neutralisation momentanée » ont causé de nombreuses blessures, éborgnant et édentant à tout vent, sous le couvert de leur étiquette « non létale ». Et ceci en toute impunité, du moins pour le moment…

Vu le rapport de force qui lie le pouvoir politique à son bras armé, il ne faut pas s’étonner de la frilosité des « élu-e-s » quand vient le temps de dénoncer une bavure. Comme l’ont montré les événements de l’automne dernier à New York, lorsqu’un maire remet en question le profilage racial exercé par sa police, celle-ci n’hésite pas à lui tourner le dos et à ne plus répondre à ses fonctions. Plus près de nous, il aura fallu attendre jusqu’à l’incident grotesque de l’agente 728 pour entendre les politicien-ne-s admettre à demi-mot que la police avait pu dépasser les bornes en 2012. Et pourtant, avec le recul, même le timide rapport Ménard soulignait en fin 2013 qu’au cours de la grève, la police s’est autonomisée au point d’échapper au contrôle public qui devrait normalement s’exercer sur elle, et qu’il faudra bien du temps pour qu’elle regagne la confiance de la population. À se demander si la confiance se rétablira un jour, on préférera se demander si elle a jamais existé… L’ambiguïté législative n’appartient-elle pas à la nature même de la police, lui donnant la latitude nécessaire pour casser les grèves, chasser les itinérant-e-s, les marginalisé-e-s et les minorités visibles? Le Président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francoeur, ne définit-il pas la police comme étant un « organisme paramilitaire », dont le « boulot est la répression »? Il y a réellement de quoi douter qu’elle se contente de « servir et protéger ».

Pourquoi poursuivre?

Pour toutes ces raisons, il faut cesser d’attendre des pouvoirs publics qu’ils prennent d’eux-mêmes l’initiative de confronter l’impunité policière. Les autorités ne bougeront que sous la pression populaire, qui se manifeste par divers moyens : en refusant de se laisser berner ou intimider par la version policière des faits et en poursuivant en justice malgré la lourdeur des procédures, en continuant à partager l’évidence de la violence policière, en refusant et en dénonçant les hypocrisies qui servent à la voiler. Mais aussi, et surtout, en se tenant ensemble, dans la rue, après chaque bavure, et à chaque 15 mars (Journée internationale contre la brutalité policière). C’est n’est qu’en créant un tel rapport de force que l’on peut obtenir des concessions. Et espérer une seconde de plus d’hésitation avant que la police n’appuie sur la gâchette, une seconde de plus avant qu’elle ne tire dans le tas. Si Maxence poursuit aujourd’hui la Sûreté du Québec pour la perte de son œil, ce n’est pas uniquement pour obtenir une compensation financière, mais bien pour permettre à d’autres de continuer à s’exprimer dans les rues sans craindre d’être mutilé-e-s par une arme policière. Nous demandons le retrait immédiat des armes dites « non létales » de l’arsenal policier, et particulièrement du ARWEN, responsable de nombreuses morts et d’innombrables mutilations.

Plus que tout, nous espérons que toutes celles et tous ceux qui se battent de notre côté gardent courage, et que vienne un printemps qui ne se laisse plus intimider. Un printemps qui montre à la police que le règne de son impunité est terminé, un printemps qui prouve que le pouvoir réside entre nos mains!

Collectif Armes à l’oeil, mars 2015