Bilan provisoire du collectif

Camarades et ami.es du Collectif Armes à l’œil,

Cela fait quelque temps que nous n’avons pas donné de nouvelles concernant la poursuite intentée contre la Sûreté du Québec, pour la blessure qu’elle a causée à Maxence L. Valade lors de la manifestation de Victoriaville, en mai 2012.

De nombreux événements d’une importance cruciale nous ont retenus ces derniers mois. Dans le contexte des manifestations du Printemps 2015 contre l’austérité et l’extractivisme, les frasques des forces de l’ordre ont accaparé les manchettes québécoises. Avec des effluves de 2012, la répression policière a repris son œuvre macabre en frappant le mouvement de grève avec une brutalité de moins en moins rare. Les encerclements précoces et les bastonnades injustifiées se sont succédés sans trêve, et l’on a vu plus d’une fois la police faire usage de ses armes « semi-létales » – comme lorsqu’elle a tiré une charge lacrymogène à bout portant au visage de Noémie Tremblay-Trudeau. Au 1er mai 2015, ce sont des milliers de personnes qui se sont retrouvées piégées par la rage de policier.ères chargeant sans distinction sur tout ce qui bouge.

Les événements du printemps dernier attestent cependant d’une situation plus générale : précisément celle d’une généralisation du sentiment d’impunité au niveau du corps policier. Cette suprématie du pouvoir discrétionnaire de la police s’accompagne sournoisement d’un phénomène de banalisation. Comme en témoigne l’instauration, pour un temps virtuellement illimité1 et dans le silence presque complet de la « société civile », de l’État d’urgence sur le territoire français,la police semble avoir perdu toute limite quant aux tactiques répressives admissibles pour mater la résistance.

Pendant ce temps à Montréal, nous avons assisté à la déroute policière du SPVM lors de la manifestation explosive du 9 décembre 2015. En effet, le règlement P-6 (mettant en infraction toute manifestation non déclarée à la police) a été en cour, suite à l’engorgement du système judiciaire qu’il a causé. Faute de pouvoir procéder à des arrestations de masse systématiques, il reste toujours au SPVM la pure force pour assurer la suprématie policière. Lorsqu’est arrivée la manifestation suivante, le 18 décembre, le SPVM décide de frapper un grand coup : des policiers en civil, lorsque démasqués, ont dégainé leur arme à feu au visage de manifestant.es. Reconnus par une militante qui avait entamé un recours contre deux d’entre eux, ils ont répliqué en la plaquant au sol. Katie Nelson se retrouva à l’hôpital avec une commotion cérébrale. Katie cherche d’ailleurs à amasser 4000$ afin de poursuivre le SPVM pour divers torts qu’elle a subis. Pour contribuer à son procès et à son rétablissement, vous pouvez visiter ce lien : https://www.generosity.com/emergencies-fundraising/help-katie-nelson-with-legal-and-medical-fees

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La police en tant qu’institution et les policiers ont encore toute la latitude pour continuer à brutaliser, intimider et dépasser leur soi-disant code de déontologie. Surtout lorsqu’on voit le fiasco prévisible du Bureau des enquêtes indépendantes. Souvenons-nous que cette instance se voulait une concession après le tollé général devant la répression du Printemps 2012. Entretenant volontairement le flou sur son rôle, ses pouvoirs et sa composition, nous apprenons 3 ans plus tard, que le Ministère de la Justice entendait simplement le neutraliser en le noyautant à l’aide d’anciens policiers. Après tout, il n’y a que la police pour faire la police de la police.

Malgré le caractère déplorable des événements récents, nous sommes loin de perdre courage. Bien au contraire, la faillite du rôle de médiateur qu’est censé entretenir le corps de police entre la loi et les « citoyen.nes », donne toute sa nécessité à notre démarche. Si cette faille expose l’autonomisation des dispositifs policiers contemporains, elle peut tout autant nous amener à assumer notre propre autonomie face aux faux-semblants institutionnels.

Cette rupture, beaucoup l’expérimentent par le biais des mouvements politiques. De plus en plus de gens, au Québec comme ailleurs, n’ont plus confiance en la police, non seulement lorsqu’elle dérape, mais aussi « dans l’exercice normal de ses fonctions », en tant qu’institution censée nous « servir ». L’autonomie se fonde d’abord sur le partage, sur le fait de se donner les moyens de se prémunir contre les agressions extérieures. Par le biais de vos généreux dons, nous avons pu lancer ce procès avec vous et contribuer au large combat contre la brutalité policière, et contre la falsification historique médiatico-étatique. À l’heure actuelle, après un an de démarches, nous avons amassé un peu plus de 40 000$, dont plus de la moitié en dons individuels. Nous avons donc atteint nos objectifs initiaux et avons pu intenter les procédures légales nécessaires : mise en demeure, requête, consultations de certains experts médicaux, balistiques, en matière de techniques policières. En novembre dernier, Maxence L.Valade s’est rendu à un interrogatoire mené par un avocat de la Sûreté du Québec qui s’est bien déroulé. Nous attendons sous peu un compte-rendu de la partie défenderesse après lequel nous serons en mesure d’orienter notre dossier d’accusation. Évidemment, nous n’en sommes encore qu’aux étapes préliminaires, mais,grâce à votre aide nous avançons d’un pas sûr.

Maintenant que les étapes devraient s’accélérer, nous tâcherons de vous tenir au fait des développements de l’affaire.

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1 D’abord voté pour une période initiale de trois mois, l’État d’urgence sera vraisemblablement renouvelé pour un trois mois supplémentaire, voire « jusqu’à l’éradication complète de l’État Islamique », comme le souhaite le président Hollande. Il faut croire que la levée des contraintes juridiques et des libertés publiques lui est bien commode, surtout dans le contexte des contestations de la COP21, où de multiples perquisitions, assignations à résidence et arrestations préventives ont cloué le bec à toute contestation.