Ne pas céder à leur intimidation

Retour sur la répression dans la première semaine de grève

Une première semaine de rencontres s’est écoulée, une première semaine de grève ponctuée par l’intensité affective et la puissance que nous ressentons lorsque la meute printanière attaque la rue. Une première semaine également parsemée par la résistance à leurs affronts, par la violence que la police et son monde nous font subir.

L’intimidation de l’administration uqamienne

Cette grève s’est entamée par neuf expulsions politiques à l’Université du Québec à Montréal. Situation rocambolesque, si elle en est une: certain-e-s étudiant-e-s sont accusé-e-s d’avoir participé à divers événements de perturbation s’échelonnant entre 2013 et 2015. Survenant des suites d’une « polémique » qui a émergé de la production d’une fausse nouvelle selon laquelle règnerait un climat d’intimidation à l’UQÀM, nous comprenons désormais explicitement où réside la vraie intimidation ; l’intimidation d’une administration qui peut se permettre d’entraver des parcours académiques, l‘intimidation d’une administration qui peut se permettre d’embaucher une myriade de gardes afin de suivre des grévistes, de les filmer, de prendre des notes sur eux et sur elles, l’intimidation d’une administration qui se dote des moyens afin de mater un mouvement en cours et d’imposer un stress constant aux membres de sa communauté, au dessus desquels est dorénavant suspendue une épée de Damocles.

Face à ce climat de contrôle, des pressions se font entendre. La communauté se rassemble afin de s’opposer vivement au climat de peur que tente de faire triompher les cadres uqamien-ne-s. Partout à l’UQÀM ça résiste. Partout à l’UQÀM on demande la démission du recteur qui se fourvoie dans son absurdité. Partout nous savons déjà que cette décision sera invalidée, quitte à ce que nous restions en grève jusqu’au retrait des charges. Partout nous rions à dents de loups à la face de cette administration de laquelle nous avons pitié.

Une police intimidatrice et indigne

Les manifestations et les émeutes qui ont suivies le décès de Rémi Fraise en France, le mouvement qui est parti de Ferguson pour déferler sur l’Est des États-Unis, tout comme ce que nous vivons au Québec actuellement, sont autant de phénomènes qui participent d’une sensibilité commune face à la police, d’un large mouvement d’abandon de la confiance envers les institutions policières. Si une rage aussi débordante émerge de l’expérience d’un premier coup de matraque, d’un premier jet de poivre, d’une première arrestation, c’est que cette expérience matérialise une violence que nous vivons quotidiennement, mais qui est endormie par le fait que tout continue de « fonctionner normalement ».

Cette semaine, la police a pensé pouvoir nous faire reculer avec ses habituelles tactiques, mais dans la rue, nous y sommes retourné-e-s, plus fort-e-s, plus avisé-e-s, mieux outillé-e-s.

La violence inouïe infligée par les forces policières s’est concrétisée par plusieurs attaques à l’égard des manifestant-e-s : morsure d’un chien de la police à Québec, arrestations de masses, utilisations répétées de balles de plastique (1), de gaz CS et de gaz CN, de poivre de Cayenne, de coups de matraques. Ce climat a semblé culminer par le tir d’un policier du Service de police de la ville de Québec à l’égard de Naomie qui a d’ailleurs fait le premier titre de plusieurs journaux2. Dans le cadre de cette intervention nous avons eu droit à un pandémonium de propos grotesques provenant de la bouche de certaines autorités, le maire de Québec affirmant « qu’est-ce qu’ils font là à deux pouces du nez des policiers? » – propos ayant suscité une vive réaction faisant en sorte que le bouffon se rétracte rapidement-, les forces de police stipulant que la procédures aurait été suivie, tant d’éléments confirmant que si nous nous en « câlissons » ils ne veulent rien comprendre à ce que nous devenons communément. Les coups de boucliers et de matraques que ce soit sur des caméras de médias indépendants ou encore sur les dents de camarades ont abondés. D’ailleurs, un manifestant ayant subit l’une de ces attaques fait un appel à dons afin de récolter 1559$.

Bien loin de représenter une dérive, cette violence est produite et organisée afin de réprimer un mouvement naissant. Elle est, depuis maintenant trop longtemps, devenue le modus operandi des gouvernements confrontés à des situations d’instabilité. L’incapacité de l’État et de sa police à répondre aux mouvements par autre chose que la force témoigne de l’échec de celui-ci à affronter la crise dans laquelle nous sommes plongé-e-s. Le gouvernement tente plutôt d’en orienter les effets afin de légitimer son intervention. Nous ne sommes pas dupes.

Si la grève étudiante de 2012 a déjà affecté de façon pérenne la confiance que la population québécoise entretenait à l’égard des différents corps de police, cette première semaine de grève pourrait bien marquer une rupture définitive entre le peuple et « sa police », qui est supposée le « protéger » et le « servir ». La question qui brûlait toutes les lèvres en 2012 « À quand le premier décès des coups de la police? » survient pas moins d’une semaine après le début de cette nouvelle grève.

Ne nous laissons pas abattre par cette déchéance institutionnelle : nous nous retrouvons à chaque fois au prochain coin de rue pour hurler de plus bel devant ces politicailleurs qui veulent nous faire avaler des pipelines et accélérer la fin du monde. Naomie, elle qui quelques jours à peine après le tir qui lui a été assené à la tête par un lanceur d’irritants chimiques, nous donnait des frissons en se présentant dignement à la tête d’une manifestation en résistant à nouveau, représente un exemple éloquent de cette posture ;Nous reprenons ces propos lorsqu’elle incitait à ne pas « leur donner raison », bref, à ne pas céder et à se tenir ensemble. Naomie, qui était tellement rapprochée du canon qu’elle a été brûlé par la déflagration de celui-ci, a bien raison d’avoir confiance en nous puisque nous sommes, plus que jamais, imperceptibles. Sans revendications claires, clamant haut et fort « fuck toute! », c’est bien du non-monde qui cherche à s’étendre auquel se confronte le mouvement de ceux qui souhaitent vivre. Schisme entre chiens et loups.

Là où tout dérape

Armes à l’œil s’est vu confier le soin de présenter des événements extrêmement troublants. Ils témoignent bel et bien du niveau de violence impulsé par l’État et sa police, ou plutôt par la police et son État. Une femme désirant conserver l’anonymat nous a fait parvenir un témoignage dans lequel elle explique qu’alors qu’elle quittait la manifaction du 23 mars, et qu’elle ne marchait pas assez vite au goût de ses futurs assaillants, des policiers se sont saisi d’elle et l’ont plaquée sur le sol. Ceux-ci l’ont rivé de coups de pieds dans les jambes, sur les côtes et derrière la jambe. Lorsque cette jeune femme s’est mise à vomir, un policier a entamé un sermon d’injures stipulant qu’elle devait s’être fait violée dans sa jeunesse, par son oncle ou par son père. Une fois captive de l’autopatrouille, elle s’est remise à vomir, de mal physique certainement, mais peut-être d’avantage sous l’effet de toute la violence d’un système qui s’effondrait sur elle. Les policiers se sont finalement décidés à la conduire à l’urgence lorsqu’elle leur a dit qu’elle était enceinte. Depuis cette date, elle souffre de douleurs chroniques.

Appuyer inconditionnellement la police équivaut à soutenir de manière toute aussi inconditionnelle l’appareil qui blesse, qui marque et qui tue. Après les événements survenus cette semaine, il apparait évident que c’est l’État qui fixe le niveau de la violence et non les manifestants, comme l’affirme ce jeune sur un plateau de télévision français.

Comme une guerre en cours

Ce que nous démontre cette semaine de grève c’est qu’une guerre est intentée à tout ce qui se dérobe à la conception strictement économique du monde qu’avance le néolibéralisme.

Que des gens défendent l’austérité, le pétrole, la répression et l’intimidation (4) et que ce faisant ils dénigrent notre mouvement n’annihilera pas le parti de ceux et de celles qui tiennent au monde. Le mouvement ne cèdera pas, il continuera à faire grève et à prendre acte de l’urgence. Ce parti, qui se manifeste dans les rues, n’a d’autre forme que celle que nous lui donnons.

(1) http://rt.com/news/243781-montreal-students-austerity-police/#.VRKyKrEhOBM.facebook »>http://rt.com/news/243781-montreal-students-austerity-police
http://rt.com/news/244789-montreal-police-tear-gas/ »> http://rt.com/news/244789-montreal-police-tear-gas/

(2) https://www.youtube.com/watch?v=7BQJzHDHxeA https://www.youtube.com/watch?v=7BQJzHDHxeA

(3) http://www.journaldequebec.com/2015/03/27/jai-vraiment-eu-peur-confie-letudiante-blessee

http://www.journaldequebec.com/2015/03/27/jai-vraiment-eu-peur-confie-letudiante-blessee

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/435777/titre-il-ne-faut-pas-leur-donner-raison

http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers/201503/27/01-4856207-letudiante-blessee-envisage-une-poursuite-contre-la-ville-de-quebec.php »> http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers/201503/27/01-4856207-letudiante-blessee-envisage-une-poursuite-contre-la-ville-de-quebec.php

http://www.99media.org/la-violence-de-letat-en-plein-visage/

(4) http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/societe/201503/29/01-4856508-la-page-facebook-en-soutien-au-matricule-3143-fermee-puis-rouverte.php

http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/societe/201503/29/01-4856508-la-page-facebook-en-soutien-au-matricule-3143-fermee-puis-rouverte.php

http://quebec.huffingtonpost.ca/2015/03/30/letudiante-naomie-trudeau-tremblay-victime-de-cyberintimidation_n_6964692.html http://quebec.huffingtonpost.ca/2015/03/30/letudiante-naomie-trudeau-tremblay-victime-de-cyberintimidation_n_6964692.html