Témoignage anonyme de la manifestation nocturne du 10 avril 2015

Montréal, le 10 avril 2015

Quelques minutes seulement après le départ de la manifestation nocturne du vendredi 10 avril 2015 à Montréal, le SPVM entreprend ses manœuvres de dispersion. Alors que l’anti-émeute chargeait les manifestant.e.s au pas de course sur le boulevard St-Laurent, je parcours quelques mètres avant de prendre la décision de m’éloigner de la manifestation. Je bifurque sur une rue adjacente, la rue Guilbault, au coin du Second Cup. Une quinzaine de personnes font de même. Rendue au coin de St-Dominique et Guilbault, je me retourne et regarde derrière moi : des policiers forment rapidement une barrière avec leurs vélos au coin de St-Laurent. À une vingtaine de mètres, un manifestant se fait violemment agripper par le bras par un policier et ce dernier lui envoie un jet de poivre de cayenne directement dans les yeux, à deux pouces du visage. Abasourdie, je pousse un cri. Soudainement, un projectile rebondit au sol et passe à toute vitesse très près de mon visage. Je ne sais pas ce que c’est. Les larmes me montent aux yeux. Je cours le plus vite que je peux pour quitter les lieux.

Le lendemain, je suis retournée à l’endroit de cette brutale manœuvre du SPVM. J’ai retrouvé ledit projectile. Il ressemble grandement à un projectile de type BIP (Blunt Impact Projectile), qui selon le fabricant, est « l’alternative la plus efficace aux balles de plastique »(1)(2). Des images de l’intervention démontrent qu’une détonation a bel et bien eut lieu à ce moment (à 37:53, au centre de l’image, quelques secondes après le jet de poivre de cayenne)(3).

Projectile retrouvé sur les lieux de la manifestation nocturne

Projectile retrouvé sur les lieux de la manifestation nocturne

Projectile retrouvé sur les lieux de la manifestation nocturne

L’utilisation des armes de dispertion a maintes fois été vivement critiquée. Elles ne doivent pas viser la tête ou le haut du corps, car elles peuvent causer de sérieuses blessures, voire même entraîner la mort. Il s’en est fallu de quelques centimètres pour que ce projectile m’atteigne à la tête. Pourtant, je ne constituais aucunement une menace. J’étais en train de m’éloigner et de quitter la manifestation. Je considère que l’utilisation de cette arme était injustifiée et qu’elle aurait pu sérieusement me blesser à la tête, ou pire. La violence qui s’exerce actuellement contre le mouvement étudiant est alarmante. Cette répression menace nos droits à la liberté d’expression et d’association, et vise à faire taire un mouvement populaire légitime au moyen de la peur et de la violence physique.

Je m’oppose vivement à l’utilisation des armes de contrôle par le SPVM, car les blessures qu’elles ont occasionnées jusqu’à maintenant n’ont plus à nous convaincre de leur dangerosité et de leur mauvaise utilisation. Je souhaite aussi exprimer ma plus grande solidarité avec toutes les personnes victimes de brutalité policière.

  1. Informations sur le BIP :http://securitydii.com/bip-non-lethal-weapon-product-specifications/
  2. Vidéo du fabricant :https://www.youtube.com/watch?v=SRD5UtEvvxY
  3. Images de l’intervention du 10 avril 2015 :https://www.youtube.com/watch?v=vQmPCB8luLI